À la Défense du Projet de Société Pancanadien

À la Défense du Projet de Société Pancanadien

Comme citoyen canadien originaire du Québec, je suis fier de déclarer haut et fort mon appartenance à la nation québécoise et à la fédération canadienne. Je crois que ce que nous avons bâti ensemble — autochtones, francophones, anglophones et allophones —, est louable et mérite non seulement d’être sauvé, mais également d’être utilisé comme modèle pour promouvoir dans le monde entier les notions de cohabitation et de coexistence pacifique entre nations d’un même pays.

Le fait que notre nation québécoise n’ait pas encore obtenu une reconnaissance officielle relativement à son existence et à ses droits collectifs ne devrait pas nous empêcher de continuer d’œuvrer avec acharnement pour promouvoir, à la fois chez nous et ailleurs dans le monde, des valeurs telles que la justice, la paix et la prospérité.

À peu près tout le monde connaît l’axiome biblique ‘ Donnez et vous recevrez ’. Dans cette perspective, il faudrait que le Québec et les gens d’ici aient une ouverture d’esprit envers nos compatriotes dans le reste du Canada et ne devraient pas s’attendre à ce que ces derniers cherchent constamment à nous accommoder, et ce, sous prétexte que nous aurions le monopole du ‘Chien battu de la Confédération ’ à cause de nos combats ethnolinguistiques avec la couronne et le gouvernement fédéral.

En fait, lorsque l’on examine plus précisément quels ont été les plus grands bénéficiaires économiques de la Confédération, ce sont bel et bien le Québec et l’Ontario. Il convient de se rappeler, par exemple, que la Nouvelle-Écosse a élu des députés séparatistes lors des deux premiers parlements canadiens dans les années 1860 et 1870 parce qu’on avait l’impression, en ce temps-là, que les politiques ferroviaire et douanière avaient nettement favorisé le Québec et l’Ontario. Ces politiques allaient occasionner une désindustrialisation dans la région des Maritimes entre 1867 et les années 1920. Or, cette région fut auparavant très prospère puisqu’il y avait des échanges commerciaux importants avec les États-Unis, les Antilles et le Royaume-Uni. Les citoyens et citoyennes de cette région évoquaient même l’idée de faire « l’indépendance maritime » … De ce point de vue, il ne convient donc pas aujourd’hui de se demander pourquoi les Maritimes nous coûtent cher en péréquation puisque, après tout, nous avons profité des gens de cette région, et ce, pour protéger des emplois et des votes au Québec et en Ontario !

Le même scénario s’est présenté pour la province de Terre-Neuve. En effet, le partage des profits générés par l’électricité de Churchill Falls a été négocié dans le contexte d’un rapport de forces tout à fait inégal pour cette province. À cette époque-là, en effet, lors de la négociation entre les deux consortiums qui voulaient bâtir le projet, soit le Québec et Terre-Neuve, cette dernière manquait d’argent et était au bord de la faillite. Voilà pourquoi la partie québécoise en a profité grossièrement pour imposer à Terre-Neuve un contrat de partage des profits à environ moins de trois-dixième de cent du kilowattheure, avec une clause de renouvellement de vingt-cinq ans de plus à deux-dixième de cent du kilowattheure. Selon les plus récents calculs, dans l’éventualité où ce contrat ne serait pas renégocié, à ce rythme-là les Terre-Neuviens n’auront même pas assez de revenus en 2016 pour opérer la centrale de Churchill Falls.

Lorsque je prends en considération ce contexte, je ne peux pas me demander comment il se fait que Clyde Wells ait dit NON à l’accord du Lac Meech. Après avoir traité aussi cavalièrement Terre-Neuve, qui était alors la province la plus pauvre de la Confédération, le Québec aurait ensuite exigé de se faire octroyer une clause dérogatoire dans la Constitution… Après tout, le Christ n’a-t-il pas dit que la règle d’or était ‘Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eux pareillement’ (Mathieu 7.12) ? Ou encore, en reprenant l’expression typiquement québécoise, il me semble que ‘ Ce n’est pas catholique ça ’ !

Un autre cas me vient à l’esprit, soit celui de la fameuse ‘ Politique nationale ’ du gouvernement fédéral de 1879. Cette politique a encore une fois favorisé le Québec et l’Ontario en créant un mur douanier le long de la frontière Canada/US. Un tel mur a eu pour effet d’empêcher des citoyens canadiens, et ce, surtout dans l’Ouest, de se procurer de la marchandise aux États-Unis. Ce mur a également favorisé le commerce Est/Ouest, ce qui était, à l’époque, la clef de voûte du projet de société pancanadien axé sur le développement industriel au Québec et en Ontario. Les gens de l’Ouest étaient ainsi contraints d’acheter des biens en provenance du Québec et de l’Ontario et d’y expédier leur céréale et leur bétail.

Lorsque l’on prend en considération tous ces éléments, on peut se poser la question : qui est donc sorti gagnant dans la confédération? Dans une telle perspective, la thèse Néo-Nationaliste est-elle si évidente qu’elle en a l’air ? Je crois que non ! Je ne me laisserai donc pas convaincre de m’éloigner de mes compatriotes des autres provinces canadiennes parce qu’il y a des ‘ Don Cherry ’ parmi eux qui ignorent tout simplement la réalité québécoise. L’ignorance veut simplement dire : ‘ ne pas savoir, ou ne pas connaître ’. Au fond, il va toujours y avoir des ignorants parmi les Canadiens anglais, et vice versa. Une ignorance attribuable à un choix personnel, ou encore à un manque d’éducation. Examinons maintenant ces deux possibilités.

Dans le cas d’un manque d’éducation, il importe de toujours garder ouvertes les lignes de communication entre nos différents peuples. Voici ce que j’entends par là. Je travaille comme Guide touristique dans le Vieux-Québec depuis plusieurs années déjà. Et je constate, année après année, la soif d’apprendre sur notre culture, notre histoire et notre langue des jeunes Canadiens anglais de secondaire II qui effectuent une visite à caractère éducatif à Québec. Année après année, je constate que leur intérêt est palpable et sincère.

Dans le cas d’un choix personnel, on peut toujours se dire que cela leur appartient. Ces personnes, et il y en a des deux côtés de la clôture, ont choisi consciemment de se dire : ‘ Je ne veux rien savoir ’. Pourtant, nous n’avons pas d’autre choix que de vivre, de laissez vivre et d’essayer de travailler avec ceux et celles qui veulent s’épanouir.

Serait-il vraiment logique de vouloir m’éloigner de mes compatriotes des autres provinces parce que nos ancêtres se sont battus il y a maintenant 250 ans pour le contrôle du marché international des peaux de castor ? Il me semble que cela est un peu ridicule.

La Nation québécoise ne sera reconnue avec ses droits collectifs enchâssés dans la constitution canadienne que lorsque nous prendrons la peine de faire un examen de notre conscience nationale. Au terme de cet exercice, nous réaliserons que nous ne sommes pas les seuls au Canada à trouver que nos droits ont été lésés dans le passé. Au fond, dans n’importe quelle communauté de personnes, la notion de pardon doit se manifester de tous les côtés afin que la communauté puisse perdurer et progresser.

Enfin, il convient de souhaiter que nos chefs fédéraux et provinciaux, de même que l’élite de toutes les communautés nationales de la fédération canadienne, puissent se rappeler ces réalités historiques et entament une profonde réflexion à cet égard. C’est le futur même de notre Projet de Société Pancanadien qui en dépend.

Peter Stuart

Advertisements
Posted in Uncategorized

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: