Commémoration du 13 Séptembre

COMMÉMORATION DU 13 SEPTEMBRE 1759 : SOUVENIR DE LA SURVIVANCE ET DE LA RÉCONCILIATION

Il y a maintenant plus d’un an, nous avons procédé à la commémoration des événements du 13 septembre 1759. Il ne s’agit pas là, comme certains l’ont prétendu auparavant, de la ‘célébration’ d’une grande victoire, d’un fait d’armes, d’une opportunité pour un peuple de monter aux barricades pour défendre ou promouvoir une certaine cause. Il ne s’agit pas là non plus, comme certains le prétendent aujourd’hui, de la commémoration de l’écrasante humiliation d’un peuple et d’une humiliation qui continuerait à se perpétuer encore de nos jours.

Ces événements, avec ceux du printemps 1760 à Ste-Foy, ont en quelque sorte constitué le point culminant d’une lutte acharnée entre deux des plus grandes forces impérialistes connues à cette époque : la France et la Grande-Bretagne. Ce fut non seulement le point culminant d’une guerre de Sept ans, mais aussi d’une lutte sans merci d’une durée de 151 ans. Une lutte dont l’un des enjeux était le contrôle du commerce international des peaux de castor et, du même coup, de deux autres enjeux : d’une part, la langue dans laquelle ce commerce s’effectuerait et, d’autre part, le système politique, culturel, militaire et spirituel qui soutiendrait ce commerce.

Ces enjeux étaient sans doute de la plus grande importance. En effet, la force impérialiste qui contrôlerait la ville de Québec, ‘là où le fleuve se rétrécit’, serait dorénavant le maître incontesté de l’ensemble du trafic maritime commercial et militaire qui circulerait dans un sens ou dans l’autre : l’entrée sur le continent nord-américain, ou la sortie vers le continent européen rendant possible l’accès à un marché mondial.

Au terme de cette lutte, on a bien vu l’importance stratégique de ce point de passage sur le fleuve. En effet, lorsque la ville de Québec est tombée aux mains des Britanniques et que la Révolution américaine a éclaté, une armée de la future République du sud a monté la rivière Kennebec afin de ‘persuader’ ce peuple d’irréductibles Gaulois à se joindre à leur grande aventure républicaine. Mais cette armée de Yankees fut stoppée, rue de la Barricade, le 31 décembre 1775 et n’a donc pas été en mesure d’atteindre cet objectif pour diverses raisons : l’octroi de droits linguistiques et religieux aux Canadiens par Lord Dorchester en vertu de l’Acte du Québec en 1774 ; la coopération entre les Canadiens et les troupes Britanniques ; et une bonne dose de tempêtes hivernales. S’il y a une leçon à tirer de ces événements, c’est bien celle-ci : cette coopération pragmatique entre francophones et anglophones, et ce, avec la bénédiction du clergé, fut le début non seulement de la survivance, mais aussi de la réconciliation.

Une deuxième menace a par la suite testé notre engagement l’un envers l’autre lors de la guerre anglo-américaine de 1812-14. En voulant réaliser leur rêve inachevé de ‘Manifest Destiny’, les États-Unis ont attaqué notre territoire une fois de plus. Mais, encore une fois, une alliance pragmatique formée par des gens parlant l’anglais et le français, et bénie par le clergé, allait coopérer ensemble afin de sauver notre peuple. Charles Michel d’Irumberry de Salaberry, un soldat canadien-français dont une rue porte le nom encore aujourd’hui dans la ville de Québec, allait mener les Voltigeurs, un régiment de la milice canadienne-française, avec des guérriers Mohawks, à repousser une attaque américaine nettement supérieure à nos forces lors de la fameuse bataille de Châteauguay. Ainsi, la ville de Montréal et le peuple canadien-français furent sauvés, et ce, encore une fois, à cause de la coopération entre les gens des deux groupes linguistiques durant la totalité de la guerre.

À l’époque des Rébellions des patriotes, Louis-Joseph Papineau croyait nous mener vers un meilleur avenir. Mais en 1837, une République canadienne-française aurait été engloutie en peu de temps par les États-Unis sans l’appui commercial et moral dont bénéficiait alors la colonie sur l’axe est-ouest dans le reste du territoire canadien. Avec une victoire des États-Unis en ce temps-là, on peut s’imaginer facilement que la survivance de notre langue française aurait été sérieusement remise en question.

En fait, dès 1849, monsieur Papineau a cautionné le manifeste de l’annexion avec les États-Unis. Seulement onze ans après les Rébellions, il était déjà prêt à nous vendre, et tout le reste du Canada, aux Américains. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il n’aimait pas les institutions de la Monarchie constitutionnelle anglaise et voulait les remplacer par des institutions Républicaines.

Monsieur Papineau, en ce temps-là, s’était rapproché de la bourgeoisie Anglo-Montréalaise qui, seulement trois ans auparavant, avait perdu son traitement de faveur avec la Couronne Britannique par rapport aux tarifs douaniers sur le blé et le bois.  Les Britannique avaient besoin de nourriture à faible prix chez eux afin de nourrir leurs ouvriers industriels.  Cette décision allait mener, en quelque sorte, à une forme primitive de libre-échange.

C’est dans ce contexte que les marchands montréalais ont perdu leurs chemises et ont voulu préconisé l’annexion avec les Américains pour avoir l’opportunité de continuer à faire de l’argent. Papineau, pour sa part, a trouvé cette solution tout à fait géniale. Encore là, on peut se demander ce qu’il serait advenu de notre langue française s’il avait fallu que l’on écoute la Tête à Papineau…

Mais cette annexion n’a jamais eu lieu. Par contre, les Britannique ont tout de même réussi à négocier notre accès au marché américain dans le cadre du Traité de la réciprocité de 1854-1866, une autre forme primitive de libre-échange.

Cet accord allait toutefois être abrogé par les Américains en 1866 pour divers raisons politique et économique. C’est la raison pour laquelle il devenait nécessaire d’établir un accès à de nouveaux marchés. C’est ce qui expliquerait, entre autres, que nous ayons procédé à l’établissement de la Confédération en 1867, un système de commerce sur l’axe est-ouest.

Dans le contexte du nouveau partenariat établi par l’établissement de la Confédération, on constate encore une fois que cela s’est avéré très bénéfique pour la préservation de notre langue française. Avant la Confédération, en effet, Montréal était une ville dans laquelle prédominait l’usage de la langue anglaise à cause d’une immigration massive en provenance des Îles Britanniques après 1759. Mais avec l’établissement de la Confédération en 1867, Montréal est redevenue une ville dans laquelle l’usage de la langue française allait s’avérer prédominant. Cette prédominance allait être attribuable, entre autres, aux emplois créés dans les usines qui devaient attirer des Canadiens français issus des diverses régions du Québec. À cette époque-là, les biens fabriqués à Montréal étaient placés sur les wagons de chemin de fer du Canadien Pacifique afin d’être expédiés vers l’Ouest canadien. Ces expéditions visaient alors à alimenter les nouvelles familles qui venaient s’installer au Canada.

Les ouvriers Canadiens français ont, avec leurs compatriotes des diverses régions canadiennes, lutté pour de meilleures conditions de travail. Plusieurs de ces ouvriers canadiens devaient éventuellement s’instruire et occuper de bons emplois. Certains d’entre eux ont même fondé des entreprises qui continuent, encore aujourd’hui, à enrichir notre pays ‘Ad Mari Usque ad Mare’, c’est-à-dire d’un océan à l’autre.

Revenons maintenant à l’objet principal de ce texte, soit la commémoration du 13 septembre 1759 considérée comme souvenir de la survivance et de la réconciliation au Canada. Nous sommes ici pour nous rappeler d’un événement violent qui devait coûter la vie à des centaines de jeunes hommes. Mais il convient de retenir que cet événement allait toutefois marquer non pas la victoire de l’un, ou encore la défaite de l’autre, mais plutôt le début d’un dialogue.

Ce dialogue implique deux des plus grandes civilisations de la planète, et ce, dans différents domaines : militaire, juridico-légal, linguistique, culturel, social et économique. Ce dialogue, il convient de le souligner ici, s’est au fil des ans progressivement enrichi avec la contribution des nombreuses traditions autochtones et allophones.

Ce dialogue enrichi par les éléments de ces diverses traditions porte un nom : le Canada. Un dialogue où la Nation québécoise a toujours eu sa place et fait valoir son originalité, ses traditions et ses valeurs. Un dialogue marqué non seulement par la survivance et la réconciliation, mais tout autant par une ouverture à l’autre, bref un dialogue d’amour.

Que l’amour ait la vie éternelle. Amen.

Advertisements
Posted in Uncategorized

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: