Ma Patrie et Mon Pays

Ma Patrie et Mon Pays

Laissez-moi vous parler de ma Patrie. Ma Patrie, notre Patrie, c’est d’abord et avant tout le résultat d’une œuvre perpétuelle marquée par l’amitié, la patience, le courage, la persévérance, la résistance, la cohabitation et la coexistence. Cette œuvre, vous allez le constater, a commencé bien avant le travail réalisé par les Pères de la Confédération en 1867.

Ma Patrie fait partie d’un Pays fondé sur la devise «A mari Usque ad Mare». Cette locution latine, que l’on retrouve dans le Livre des Psaumes de la Bible, signifie «D’un océan à l’autre». Du Pacifique jusqu’à l’Atlantique, et de l’Atlantique jusqu’au Pacifique, en passant par l’Arctique. Tel est le grand village, le «Kanata», dans lequel se trouve ma Patrie, notre Patrie. Il convient de se rappeler que le mot «Canada» veut simplement dire «Village» dans la langue des Algonquins, qui représentent l’une des Premières nations de ce Pays.

Au fond, notre Patrie fait partie d’un immense village transcontinental dans lequel les citoyens parlent diverses langues, parmi lesquelles le français, l’anglais et une panoplie de langues allophones et autochtones. Mais tous les quartiers de ce village doivent être ouverts à tous les citoyens du village pour qu’ils puissent y circuler librement, se côtoyer, se connaître et, tant qu’à y être, pour mieux se comprendre et s’aimer. En d’autres mots, nous avons une belle opportunité, ici, au sein de la fédération canadienne: forger un pays qui transcende toutes les barrières inhérentes aux notions de race, de langue, de culture, de religion, ou de classe socioéconomique. C’est finalement cette opportunité qu’avaient perçue les Pères de la Confédération. Voir ce que l’on peut accomplir, ensemble, au delà des particularités linguistiques, ethniques, religieuses, culturelles et socioéconomiques. Inlassablement, tendre jour après jour vers la fusion, mais sans l’assimilation, des deux grandes traditions linguistiques, et ce, en conjonction avec les Premières nations et les communautés culturelles qui se sont établies chez nous au fil des ans et des décennies. Pour en arriver ensemble, en bout de ligne, à la réalisation d’un immense potentiel économique et socioculturel sur cette glorieuse terre boréale que nous partageons tous et toutes.

Pour atteindre un tel but, il faudrait absolument que nous, les gens de la Patrie québécoise, puissions en arriver à trouver une place dans notre cœur, dans notre âme, dans nos tripes, et surtout, dans notre psychisme collectif, pour pardonner aux ancêtres de nos compatriotes anglophones cette tragédie que fut la Conquête et la bataille des Plaines d’Abraham.

En fait, deux choix s’offrent à nous comme peuple de cette patrie. Ou bien on se laisse dévorer de l’intérieur par la rancune, le ressentiment, la colère et l’amertume à cause des événements qui se sont déroulés le 13 septembre 1759 sur les Plaines d’Abraham. Ou bien on fait le choix le plus difficile, qui est également le plus courageux, soit celui de pardonner à ceux qui nous ont offensés ce jour-là à Québec. C’est en faisant ce choix difficile que nous permettrons aux plaies nationales de cicatriser une fois pour toutes. C’est en faisant ce choix difficile que nous pourrons passer à autre chose, soit la tâche de bâtir la fédération canadienne du XXIiè siècle.

Car les gens de ma Patrie, notre Patrie, ne devraient jamais avoir honte de dire haut et fort : «Ô Canada! Terre de nos aïeux…» Et non pas : «Terre de nos crottes de bœuf!» Cette terre, ne l’oublions pas, c’est celle qui a été défrichée et labourée par nos ancêtres. Ces ancêtres, ce sont ceux et celles qui se sont battus avec acharnement, chez nous et à l’étranger, pour défendre les valeurs démocratiques qui sont les nôtres et que nous prenons tous et toutes pour acquises aujourd’hui. Mais ces valeurs, ne l’oublions pas non plus, il a fallu que nos ancêtres se battent sur plusieurs fronts afin de les préserver pour nous et les générations à venir.

«Ton front est ceint de fleurons glorieux.» Les fleurons glorieux du Canada, ce sont les dix provinces et les trois territoires qui, ensemble, forment notre fédération. Ces fleurons furent forgés par des générations de peuples autochtones, francophones, anglophones et allophones qui ont construit les chemins de fer, les routes, les ponts, les mines, les usines et les moulins de cet immense pays.

«Car ton bras sait porter l’épée, il sait porter la croix.» Ton bras n’aime pas porter l’épée, mais il sait la porter. Notre patrie, en effet, s’est montrée capable de porter l’épée pendant les deux guerres mondiales et la guerre de Corée, et ce, peu importe les controverses entourant la conscription qui ont secoué le Canada pendant le XXiè siècle.

Les Québécois, tout comme nos compatriotes des autres provinces canadiennes, n’ont jamais cherché à faire la guerre. Ils n’ont pas eu non plus de rêves dignes du conquistador impérialiste. Par contre, nous savons porter l’épée quand nos valeurs démocratiques sont remises en question ou menacées. Nous savons répondre aux appels à l’aide et porter l’épée quand il le faut et là où il le faut : en Croatie, à la bataille de Medak Pocket, au Timor oriental, dans l’ex-Yougoslavie, à Chypre, au Rwanda, en Afghanistan, etc. Dans tous les endroits où ils sont déployés, les soldats canadiens sont les porte-étendards d’un exemple de coexistence pacifique de peuples différents qui habitent un même pays.

«Il sait porter la croix.» Notre Patrie fait partie d’un pays qui sait porter courageusement la croix de la souffrance. Nous avons été capables, en effet, de surmonter de multiples épreuves durant nos 400 ans d’existence: des guerres avec les Britanniques et les Américains; des désastres naturels éprouvants tels que les inondations du Saguenay, la tempête du verglas, ou encore l’explosion de Halifax en 1917; des épreuves terribles pour nos compatriotes canadiens d’origine ukrainienne ou japonaise qui, respectivement, lors de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale, ont été confinés à des camps à l’intérieur même du Canada.

Cela dit, il convient tout de même de se souvenir: «Ton histoire est une épopée des plus brillants exploits.» Parce qu’à travers toutes ces épreuves, notre Patrie est toutefois parvenue à grandir et à gagner en maturité avec des partenaires anglophones, allophones, autochtones et francophones des autres provinces canadiennes. Aujourd’hui, notre Patrie se retrouve dans une conjoncture politique, sociale, économique et culturelle qui marque un point tournant dans notre histoire. Au fond, deux choix s’offrent à nous. Ou bien nous en arrivons à notre autodestruction si l’on ne parvient pas à dépasser les mauvais souvenirs inhérents à notre histoire collective. Ou bien nous parvenons à faire de la fédération canadienne un véritable exemple d’amitié, de pardon, de réconciliation, de respect mutuel et de progrès économique pour les autres pays du monde entier. Ou bien nous, c’est-à-dire autochtones, francophones, anglophones, et allophones, mettons de côté nos différences afin de «protéger nos foyers et nos droits.»

Merci de votre attention. Vive la Patrie! Vive le peuple Québécois! Vive la fédération du Canada!

Peter Stuart
Québec, Qué., Canada.

P.S. Ce texte fut rédigé le 1er juillet 2005 sur les Plaines d’Abraham, à proximité de la Tour Martello et de l’Hôtel Loews Le Concorde. Il a été transcrit le 11 novembre 2005, jour du Souvenir.

Aujourd’hui, 11 novembre 2005, c’est le jour du Souvenir et il fait plutôt froid à Québec devant le monument situé près de l’Assemblée nationale. Il y a davantage de militaires que de civils à la cérémonie organisée à cette occasion, et je trouve cela vraiment dommage. Le seul contingent de jeunes présents sur les lieux provenait d’une école anglophone, la Holland School. Un garçon et une fille ont lu en anglais et en français un texte en l’honneur des anciens combattants. Chacun d’eux a ensuite relâché une colombe symbolisant la paix. Ce fut un beau geste. C’est dommage qu’il n’y ait pas eu davantage de citoyens de la municipalité à cette cérémonie. (À suivre…)

Peter Stuart
Le 4 novembre 2005

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