Porter le Hijab

Porter le hijab :
une question de liberté religieuse

Par la présente, je tiens à faire quelques commentaires en rapport avec les articles de Joseph Facal et de Richard Martineau publiés dans le Journal de Montréal du mercredi 13 mai 2009. Dans ces articles, messieurs Facal et Martineau semblent nous dire que l’on devrait voir un recul sur les questions des droits des femmes et de «nos valeurs» au Québec dans la position adoptée récemment par un regroupement de femmes. Ces dernières, rappelons-le, se sont montrées d’accord avec la requête de femmes musulmanes qui veulent porter le hijab dans la fonction publique québécoise. Voilà pour la mise en contexte. Examinons maintenant quelques aspects des enjeux qui se trouvent au cœur de toute cette histoire.

Premièrement, quels sont donc ces vrais droits des femmes et en quoi consistent au juste «nos valeurs»? D’une part, il faut dire que les musulmans en général, hommes ou femmes, semblent être beaucoup plus en contact conscient avec Dieu tel qu’ils le conçoivent que les personnes qui se disent, par exemple, catholiques ou protestantes. De ce point de vue, le hijab représente alors une manifestation concrète d’un vouloir vivre particulier : la modestie, la modération, l’assujettissement à la loi de Dieu, et non pas à celle des hommes. À l’opposé, certaines personnes peuvent se présenter au travail dans un édifice de la fonction publique québécoise ou dans une école avec des signes distinctifs qui témoignent de valeurs propres à un tout autre univers: une casquette ou un chandail comportant la mention «Slayer», ou tout autre nom de groupes Heavy Metal qui glorifient ouvertement Satan. Certains vêtements ou accessoires portent même parfois des noms de groupes , par exemple, qui eux préconisent ouvertement l’allégeance à Satan.

Cela dit, on semble nous faire croire aujourd’hui que le fait qu’une musulmane couvre sa tête avec un foulard ou un voile est un signe d’«intégrisme»… Or, il convient de se le rappeler, il y a de cela quelques décennies, on croisait régulièrement dans les rues et les institutions du Québec des religieuses catholiques qui se couvraient, elles aussi, la tête de diverses façons pour témoigner de leurs valeurs et de leurs convictions. Soit dit en passant, encore de nos jours, il y a encore des religieuses appartenant à certaines communautés qui se couvrent la tête de diverses façons. Selon certaines dénominations chrétienne, une telle pratique trouverait sa source dans certains textes sacrés de la Bible. Dans ces textes, en effet, on affirme que les cheveux d’une femme sont l’un des symboles les plus évidents de sa gloire et de sa sexualité. Par conséquent, dans certaines circonstances, ces cheveux devraient être recouverts pour témoigner de sa modestie.

Dans une telle perspective, comme le dit si bien le groupe Vilain Pingouin: qui sommes-nous pour juger de la vie des gens? Question de savoir si l’on se juge aussi sévèrement? Au fond, le hijab n’est pas seulement un symbole religieux. Il représente également un symbole de la culture arabo-musulmane. Ces personnes ne sont donc pas si différentes de ce que nous sommes. Après tout, s’il y en a qui tiennent aux symboles de leur culture, ce sont bien les Québécois et les Québécoises…

Par exemple, n’oublions pas qu’il y a encore de nos jours une croix au-dessus du siège du Président de l’Assemblée nationale. Certains groupes, certes, ont déjà remis en question la pertinence qu’il y ait encore une croix à cet endroit. Si elle est toujours là de nos jours, c’est parce qu’une majorité de nos élus ont fait valoir que cette croix était un symbole de la culture de notre peuple enraciné en Amérique. Tout compte fait, allons-nous maintenant empêcher les femmes hindoues de porter un sari pour aller travailler dans les écoles ou les édifices qui abritent les services de notre gouvernement? Bien sûr que non! Ces façons de se vêtir ne sont que des manifestations culturelles de leur civilisation d’origine.

De la même façon, si j’étais curé dans l’Église catholique, je m’attendrais, moi aussi, à exercer le droit de porter mon col romain et/ou une simple épinglette de crucifix sur le revers de mon veston noir. De nos jours, par exemple, plusieurs curés portent ces signes distinctifs lorsqu’ils franchissent la porte d’une école québécoise, ou encore celle d’un bureau du gouvernement, et ce, comme visiteur ou employé.

Il convient de se rappeler que la Charte canadienne des droits et libertés de la personne, à la section 15 (1), rubrique «Égalité», garantit, entre autres, la liberté de religion. Cette même Charte renferme également, dans son préambule, le fait que le Canada est un pays fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la règle du droit. Il convient ici de préciser que la règle du droit découle de la notion de la suprématie de Dieu, et non pas de l’État.

Dans un tel contexte, on peut également dire que cette peur des musulmans ou des sikhs pourrait bien être symptomatique d’une mentalité de «bunker» insulaire… Comme le groupe musical Metallica le dit si bien: «Sad but true». Pendant des siècles, on a été obligés de se battre afin d’assurer notre survivance face aux Anglais et au gouvernement fédéral. Aujourd’hui, si je comprends bien, on se sentirait menacés par «les importés» qui voudraient imposer «leur loi» «chez nous»…

Voyons donc, mes chers amis Facal, Martineau et les autres qui partagent cette façon d’envisager les choses aujourd’hui… Les nerfs… On se calme… On respire par le nez… Toutes ces personnes issues de l’immigration et leurs descendants, qu’on se le dise, ont tout ce qu’il faut pour contribuer, chacun à sa façon, à l’essor des sociétés québécoise et canadienne. Donnez-leur au moins la chance d’exercer la liberté dont ils ont été privés dans leur pays d’origine et de se faire valoir parmi nous.

Rappelons-nous encore de certains faits historiques: lorsque les Juifs de l’Askinasi ont été méprisés et dénigrés par les Francophones, on les a empêchés, du même coup, de s’intégrer dans nos écoles. Mais la raison qui fut invoquée, dans le discours des autorités, c’est le fait qu’il s’agissait d’écoles «catholiques». Confrontés à un pareil refus, les Juifs se sont alors rangés du côté des Anglophones protestants! Ces derniers, en effet, ne voyaient alors aucun problème à accepter des Juifs dans leurs écoles protestantes… Il est alors plutôt surprenant, de ce point de vue historique, de voir l’élite nationaliste/souverainiste se plaindre contre les Mordicai Richler de ce monde d’avoir répudié dans leurs discours et leurs écrits le Québec Français! En fait, comme dirait l’autre, «ça ne prend pas vraiment un cours classique» pour comprendre les origines de ces discours et de ces écrits… Cela dit, est-ce qu’on va réserver le même traitement aux musulmans qui vivent maintenant chez nous? Pour encourager ces personnes à s’approprier «nos valeurs», encore faudrait-il d’abord faire preuve d’un minimum d’ouverture d’esprit à l’égard de leurs façons de se vêtir…

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