QUISTE

Le temps est venu pour que le Québec
se débarrasse de ses «quistes».
Ou, à la recherche d’un radio-oncologue
politique qualifié.

On nous dit que le Québec est à court de médecins spécialistes. Pour ma part, je suis d’avis que nous devons vivre dans notre Belle Province avec un sérieux manque de spécialistes dans un domaine tout simplement vital pour notre santé démocratique : les radio-oncologues politiques qualifiés.

Voici, brièvement, ce que je veux signifier au juste par ce diagnostic de notre état de santé démocratique. De nos jours, le patient Québécois est obligé de composer avec une sérieuse maladie qui consiste en la présence de trois «quistes». Chacun de ces «quistes» a un diamètre plus ou moins large, a un degré de malignité plus ou moins important et, par conséquent, risque donc d’être plus ou moins nuisible, voire fatal, pour le patient. Voici donc ces «quistes», dans l’ordre, du plus malin au moins malin : le «Pé-quiste», le «Bloc-quiste» et l’«Adé-quiste».

Ces «quistes» envahissent le tissu social de la civilisation québécoise depuis maintenant plus de quarante ans. Ils perturbent lentement, mais sûrement, l’équilibre du patient québécois avec des cellules qui se multiplient dans tous ses systèmes. En bout de ligne, ces «quistes» risquent de le tuer en le séparant des douze autres organismes politico-humains qui l’animent, soit les autres provinces et territoires canadiens. Cette animation qui, le plus souvent, se réalise malheureusement à son insu, lui permet de profiter des nombreux plaisirs de la vie, et ce, malgré la présence de cette trinité endiablée de «quistes» qui se trouvent au plus profond de son être.

Au niveau fédéral, le Premier ministre Stephen Harper n’a certainement pas l’étoffe d’un radio-oncologue politique. Il préfère, en effet, jouer le rôle du démagogue réformiste déguisé en conservateur qui cherche par tous les moyens à se faire du capital politique pour l’Ouest canadien. À cette fin, monsieur Harper cherche à minimiser l’apport politico-économique du Québec dans la Confédération avec des politiques qui favorisent la déconstruction des institutions du gouvernement fédéral. Pour sa part, Gilles Duceppe qui, rappelons-le, appartient à la catégorie des «quistes», ne fait guère mieux que monsieur Harper. Monsieur Duceppe, en effet, préfère militer pour un État fédéral qui se préoccupe tellement peu des besoins des Québécois qu’il devient souhaitable de le voir disparaître complètement afin de laisser toute la place à un État québécois qui a toutes les solutions.

De son côté, Jean Charest semble vraiment préoccupé par la nécessité pragmatique d’occuper le terrain nationaliste québécois. Il semble particulièrement craindre que ses interlocuteurs dans le camp des «quistes» en arrivent à monopoliser ce créneau politique stratégique. C’est cette crainte qui l’amène à utiliser une rhétorique nationaliste de plus en plus intégriste en diverses occasions. Et c’est le recours à cette rhétorique qui fait en sorte qu’il se trouve de plus en plus isolé dans une véritable embuscade idéologique. Un peu comme si les pigeons qui rôdent autour de l’Assemblée nationale s’étaient soudainement ligués contre lui et n’attendaient plus que sa sortie du majestueux édifice de la vieille capitale afin de l’arroser copieusement avec ce qu’ils ont de plus scatologique à lui servir. Dans cette perspective, il ne convient donc pas de retenir les services du très honorable monsieur Charest à titre de spécialiste de la radio-oncologie politique.

Quant à Michael Ignatieff, sa principale préoccupation consiste à laisser Stephen Harper au pouvoir. Cela lui permet d’éviter, comme son prédécesseur Stéphane Dion, d’aller en élection et de livrer la bataille pour des dossiers qu’il considère importants. Au fait, on sait tellement peu de choses sur ses véritables intentions dans l’éventualité où il prendrait le pouvoir que monsieur Ignatieff a maintenant sa place bien à lui au royaume de l’insignifiance.

Finalement, que devrait-on faire avec ces trois «quistes» bien installés dans notre organisme? Est-ce qu’il se pourrait que le patient n’ait tout simplement pas la volonté de se battre contre ces trois éléments qui le minent de l’intérieur? Est-ce qu’on se dirige vers une civilisation dans laquelle ces trois cellules auront vaincu le patient, ce qui occasionnerait du même coup la dissolution dans la cohue des treize entités politico-humaines de la famille canadienne?

La seule réponse qu’il m’est possible de fournir à ce stade-ci de la maladie du patient, c’est que nous devons encore composer avec un cruel manque de radio-oncologues politiques qualifiés susceptibles d’assurer la préservation de notre santé démocratique. Quand on y pense, cette situation de pénurie est d’autant plus préoccupante qu’il n’existe pas encore, à ma connaissance, de faculté universitaire capable d’en former dans des délais raisonnables…

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