Divorce de velours

Le «divorce de velours» comme modèle potentiel
pour la séparation du Québec?
Retournez donc à vos livres d’histoire!

Les souverainistes québécois nous offrent souvent l’exemple de l’ex-Tchécoslovaquie en guise de modèle susceptible de convenir au scénario d’une éventuelle séparation du Québec. Une séparation à l’amiable entre le Québec et le Canada, sans qu’il y ait de coups de feu, de rancunes, de violences ou d’actes répréhensibles contre des personnes, des collectivités ou des propriétés. Bref, comme ce fut le cas pour ce qui a été qualifié il y a quelques années de «divorce de velours», soit celui impliquant les Tchèques et les Slovaques.

Nos souverainistes québécois, en effet, nous offrent presque toujours les grandes lignes du scénario de l’ex-Tchécoslovaquie: le constat d’un immobilisme, le consentement à une séparation en deux parties, avec deux peuples, chacun de ces peuples ayant sa propre langue et sa propre culture et, finalement, cette monnaie commune qu’est l’euro. À première vue, un tel scénario peut paraître clair, net et évident pour tous et toutes. Mais il convient toutefois d’y regarder d’un peu plus près. Examinons, si vous le voulez bien, certains faits historiques avant d’en arriver à classer ce cas au rang des exemples à suivre pour les Québécois et les Canadiens.

La Tchécoslovaquie est un pays qui a existé pendant moins d’un siècle. Il convient de se rappeler que sa création remonte au démembrement de l’ancien Empire austro-hongrois. Pendant plusieurs siècles, en effet, les Magyars (Hongrois) avaient gouverné les Slovaques; tandis que les Autrichiens, pour leur part, avaient fait de même avec les Tchèques. Puis, un beau jour, Tchèques et Slovaques se sont retrouvés ensemble dans le même pays. D’un côté, les Tchèques étaient plutôt laïcisés et bénéficiaient de certaines industries. De l’autre, les Slovaques étaient plutôt croyants, catholiques et vivaient surtout en milieu rural.

Par ailleurs, il convient de prendre note que chacun de ces peuples avait, à une certaine époque, d’importantes minorités ethnolinguistiques sur son territoire. D’une part, les Tchèques avaient les Allemands du Sudedtenland, qui furent pendant plusieurs siècles dominants dans le commerce et l’administration publique. D’autre part, les Slovaques avaient une minorité vivant principalement en milieu rural, soit les Ruthéniens.

Or, ce que les amateurs du «divorce de velours» ne nous disent pas, c’est que ces deux minorités ont été supprimées pendant la Seconde Guerre mondiale: l’une par la méthode du nettoyage ethnique, et l’autre par l’assimilation. Depuis fort longtemps, les Tchèques éprouvaient beaucoup de ressentiment envers les Allemands du Sudedtenland. Ce ressentiment était attribuable au fait que ces derniers étaient prospères et occupaient les meilleurs postes dans le domaine du commerce et l’administration publique. Souvent, ils imposaient même leur langue aux Tchèques dans ces domaines.

Dans un tel contexte, quand les Tchèques ont su que l’Armée rouge venait les libérer des nazis, ils en ont profité pour obliger cette minorité allemande à quitter ses terres tchèques. On a forcé les membres de cette minorité (hommes, femmes et enfants) à marcher dans des conditions misérables jusqu’à un autre pays d’accueil. De fait, des milliers d’entre eux sont morts lors de cet exil forcé.

Cela dit, il convient de prendre note que ce crime de guerre fut occulté par les historiens. Pourquoi? Parce que les Russes étaient du côté des gagnants au terme de cette guerre. Or, nous savons tous que ce sont les victorieux qui écrivent les livres d’histoire et qui, on l’oublie souvent, choisissent d’y mettre ce qui leur convient… Certes, les crimes de guerre des vaincus tels que les camps d’extermination des nazis furent exposés en long et en large. Mais on a préféré passer sous silence cet autre crime de guerre impliquant les Allemands du Sudedtenland.

Du côté des Slovaques maintenant, il convient de prendre note que les Ruthéniens furent assimilés parce qu’ils n’ont jamais eu une élite capable d’agir en porte-parole pour défendre leurs droits auprès de la classe dirigeante. Ici au Québec, nous avions heureusement le clergé qui, en diverses circonstances, est intervenu afin de rendre possible notre survivance comme peuple. Malheureusement, les Ruthéniens n’ont pas eu une telle chance. C’est la raison pour laquelle, après la guerre, ils ont rapidement été assimilés dans la population de l’Europe de l’est.

Dans une telle perspective, on peut penser qu’il est plutôt trompeur d’évoquer un «divorce de velours» puisque l’on n’a pas considéré le nettoyage ethnique ayant accompagné, auparavant, la purification du tissu social, n’est-ce pas? On peut penser qu’il est plutôt trompeur, d’autre part, d’évoquer un «divorce de velours» alors que dès le départ, de chaque côté, les dimensions économique, démographique et socioreligieuse étaient aussi radicalement distinctes. Enfin, on ne doit pas oublier non plus un autre facteur ayant contribué à ce «divorce de velours», soit le fait que la Tchécoslovaquie était alors un territoire géographiquement contigu. Il n’y avait donc aucune entrave géopolitique à la survivance du voisin à la suite de l’accession à l’indépendance.

Or, on ne peut certainement pas dire aujourd’hui que de telles conditions s’appliquent à la situation qui est la nôtre, soit celle qui se rapporte au Québec et au Canada. Le Québec, en effet, coupe le territoire canadien en deux: d’une part, à l’est, les provinces maritimes; d’autre part, à l’ouest, l’Ontario, les prairies et les trois territoires du grand nord canadien. Par ailleurs, n’oublions pas non plus que l’économie du Québec et celles des autres provinces canadiennes sont étroitement liées par des infrastructures telles que les voies ferrées, l’autoroute transcanadienne et, surtout, la voie maritime du St-Laurent qui est de juridiction fédérale.

On se doit également de prendre en considération le fait qu’il y ait une forte concentration d’anglophones dans l’ouest de la province. Or, la dernière fois que j’ai vérifié, ces anglophones n’avaient aucunement l’intention de faire comme les Ruthéniens, c’est-à-dire baisser les bras et se laisser assimiler. Ces anglophones n’avaient pas non plus l’intention de subir le même sort que les Allemands du Sudedtenland, soit l’assujettissement à un nettoyage ethnique brutal.

Finalement, dans le cas qui nous préoccupe, soit celui qui implique le Québec et le Canada, on se retrouve en présence de deux thèses: un «divorce de velours», ou encore un mélange velouté comportant plusieurs «mottons ethniques». Je crois, pour ma part, en me basant sur les idées exprimées auparavant, que la situation correspond davantage à la deuxième thèse qu’à la première. Je crois que les ténors de la souveraineté québécoise parlent plutôt avec une langue de bois à travers leur chapeau et que, tout compte fait, il n’y a rien de «velouté» dans leur discours.

En guise de conclusion, je me dis qu’il y a une chose à retenir dans toute cette histoire: Vive la présence de «mottons ethniques» dans le mélange velouté canadien!

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