Refus Global

LE REFUS GLOBAL, 62 ANS PLUS TARD :
QU’EN EST-IL AUJOURD’HUI DE « LA LIBÉRATION ET DE L’ANARCHIE RESPLENDISSANTE » ?

C’est le 9 août 1948 que le peintre Paul-Émile Borduas et un groupe d’artistes québécois signaient un manifeste intitulé « Refus global ». Ce manifeste exprimait une frustration de plus en plus grande à l’égard de la société québécoise traditionnelle et de tout ce qu’elle comportait à l’époque : le pouvoir exercé par le clergé catholique sur tous les aspects de la vie quotidienne, la collaboration de ce clergé avec le régime de Maurice Duplessis, les limites relatives à la liberté d’expression personnelle chez les artistes avec la fameuse loi du cadenas, par exemple. Bref, ce document exprimait un refus par rapport à toute idéologie susceptible d’entraver la créativité spontanée.

À la suite de la publication de ce manifeste, monsieur Borduas fut congédié de l’École du meuble dans laquelle il travaillait. Quant au manifeste en tant que tel, il fut largement critiqué dans les médias populaires de l’époque. En fait, ce « Refus global » invoquait de grands principes idéalistes tels que la libération et l’anarchie resplendissante. Il devait éventuellement être utilisé par une certaine élite pour favoriser à la fois la promotion d’une nouvelle forme de pluralisme laïc au Québec et les meilleurs intérêts de la société québécoise.

Dans les années et décennies qui allaient s’écouler à la suite de cette publication, la société québécoise a sans doute connu de profondes transformations : la Révolution tranquille, une plus grande accessibilité à l’éducation et aux soins de santé, une laïcisation très rapide des institutions, une bureaucratie très présente dans divers secteurs d’activités, la forte décroissance du taux de natalité, la présence de plus en plus importante des femmes sur le marché du travail, des églises qui comportent de moins en moins de pratiquants et des centres d’achats de plus en plus nombreux pour répondre à la demande grandissante de biens et services de toutes sortes.

Cela dit, dans les faits, que reste-t-il aujourd’hui de cette « libération » et de cette « anarchie resplendissante » ? Lorsque l’on examine attentivement tout ce que l’on retrouve dans notre société, on ne peut que conclure que ces signataires du Refus global ont certes déclenché une créativité spontanée dans divers domaines (théâtre, cinéma, littérature, danse, musique, etc.), mais ce ne fut pas toujours dans les meilleurs intérêts de la société québécoise. On se retrouve maintenant dans une société postmoderne complètement déchaînée : tout est permis, rien n’est interdit, tout est normal. On observe une consommation de biens et de services sans limites qui apparaît comme la seule et unique voie du bonheur. On a accès à une surcharge d’informations et de divertissements, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par année. Bref, le peuple peut se nourrir en tout temps avec un buffet populaire culturel dans lequel on retrouve le meilleur comme le pire.

Les jeunes québécois d’aujourd’hui sont de plus en plus détachés des fondements de la foi catholique des générations précédentes. Certains parents ne voient plus la nécessité de faire baptiser leurs enfants et ne fréquentent plus eux-mêmes la Messe dominicale. Il s’est perdu bien des choses dans la famille québécoise : la transmission de la foi et de certaines valeurs fondamentales, l’importance de la célébration des sacrements, les jours saints, les repas autour d’une même table où l’on prend le temps de se préoccuper des autres membres de la famille et de partager les joies et les peines, etc.

Bref, ce qui s’est perdu, c’est tout le contraire de ce que l’on retrouve chez certains signataires du Refus global. L’un d’entre eux, en effet, était à ce point narcissique dans la poursuite de sa liberté d’expression qu’il en est arrivé à considérer ses propres enfants comme une entrave à sa liberté de créateur. C’est la raison pour laquelle il a trouvé opportun de les laisser derrière lui, au Canada, avant de partir pour la France afin de vivre pleinement sa vie bohémienne d’artiste. L’un de ses enfants, François Barbeau, fut si traumatisé par le fait d’avoir été abandonné par ses parents et d’avoir grandi dans une famille d’accueil qu’il est devenu schizophrène. Comme quoi la libération et l’anarchie resplendissante produisent parfois de bien drôles de « fruits »…

Tout compte fait, je crois que nous devons réexaminer l’héritage du Refus global et de la Révolution tranquille en général. Certes, les deux ont été à l’origine d’importantes transformations qui ont permis à notre province d’entrer dans la modernité et d’assurer une certaine prospérité matérielle à la population. Par contre, nous l’avons mentionné plus haut, il y a quelque chose qui s’est perdu au fil de ces transformations. Ce « quelque chose », c’est un important morceau de notre patrimoine commun qui a été jeté à la poubelle lors de ce « grand ménage ». En d’autres mots, nous nous sommes ni plus ni moins débarrassés du bébé « avec l’eau du bain ».

Aujourd’hui, il revient à toutes les générations — grands-parents, parents, enfants — de se réapproprier le meilleur de notre héritage culturel qui s’est perdu au fil des ans et des décennies : les vraies valeurs, les liens familiaux et de la parenté, l’éducation au sens des responsabilités et à l’exercice du jugement, la spiritualité qui donne un sens à la vie de tous les jours, le bonheur qui se trouve à l’extérieur de la consommation des biens et des services de toutes sortes.

Lorsque nos ancêtres sont arrivés ici, pensons à toutes ces institutions qui ne faisaient pas partie de leur vie quotidienne : la Régie des Rentes, la SAAQ, la SAQ, la RAMQ, l’aide sociale, l’assurance-chômage, la Caisse Desjardins, la Caisse de dépôt et placement, la SGF, les compagnies Bombardier et Vidéotron, le Cirque du Soleil, pour ne mentionner que celles-là. Et pourtant, ils sont tout de même parvenus à survivre pendant plus de 350 ans…

Et pourtant, ils sont tout de même parvenus à surmonter toutes sortes d’épreuves : les guerres, la maladie, les mauvaises récoltes, les conditions climatiques difficiles, la pauvreté, les maisons plus ou moins chauffées et éclairées, l’absence d’électricité, d’eau courante, d’aqueduc, d’égouts, de médecins, etc. Bref, ils sont tout de même parvenus à surmonter une quantité innombrable d’épreuves parce qu’ils pouvaient compter sur leur FOI EN DIEU transmise de génération en génération. Une foi inébranlable, et ce, peu importe le nombre de ces épreuves.

Ces ancêtres étaient animés par une grande espérance et s’en remettaient bien humblement à la volonté de leur Créateur. Ainsi, ils donnaient un sens à leur vie et étaient habités par la certitude d’un bonheur éternel au terme de leur pèlerinage terrestre. Tout compte fait, lorsque l’on compare les époques, on s’aperçoit aujourd’hui qu’une dose très forte de « libération et d’anarchie resplendissante » a eu pour effet de nous détourner du but ultime de notre existence : faire la volonté de Dieu et être humblement assujetti à sa volonté pour mieux glorifier son nom.

Finalement, les signataires du Refus global ont mordu la main qui les a nourris pendant des décennies. On se rappellera, en effet, que ce sont les paroisses et les diocèses de l’Église Catholique qui ont été les meilleurs clients de la communauté artistique au Québec. On a qu’à penser, entre autres, aux innombrables œuvres d’art commandées à des fins de décoration pour les différents lieux de culte : peintures, sculptures, chemins de croix, etc. Nos artistes parvenaient ainsi à gagner une vie très honorable en produisant des oeuvres destinées à glorifier le Dieu tout-puissant.

Pour ce qui est maintenant de nos artistes d’aujourd’hui, ils ont l’honneur de vendre leurs services à des clients pour des causes plus ou moins douteuses. On a qu’à penser, par exemple, à l’élaboration de campagnes de publicité pour diverses multinationales : celles du « fast-food », qui rendent nos enfants de plus en plus obèses; celles de l’électronique, qui divertissent de toutes les façons nos jeunes : baladeur, téléphone cellulaire, message texte, internet, chaînes de télévision spécialisées, etc. Des divertissements qui les rendent parfois dépendants et qui ne favorisent pas la concentration nécessaire pour réaliser les devoirs scolaires. Ou encore pour la réflexion susceptible de donner un sens à la vie malgré les échecs, les déceptions et les épreuves. Ou encore pour la vie spirituelle qui permet de se déconnecter de l’anarchie des sons et des images et, par le fait même, de découvrir qu’il y a une Puissance Supérieure au delà de l’éventail des biens et des services que la société leur offre jour après jour et qu’ils n’ont pas les moyens de se procurer. Un Dieu gratuit et que l’on ne peut pas vraiment « refuser » puisqu’il parvient à combler nos besoins les plus essentiels, et ce, jour après jour, beau temps, mauvais temps…

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