LOUIS-JOSEPH PAPINEAU

Louis-Joseph Papineau : patriote ou traître ?

Au Québec, nous entendons souvent parler de Louis-Joseph Papineau, de ses glorieux Patriotes et de leurs batailles contre le Régime Britannique. On a l’habitude, par exemple, de le dépeindre de diverses façons : un héros dans sa quête pour une meilleure démocratie; un protecteur du peuple canadien-français et de sa langue; l’un des premiers militants pour la cause d’un Québec souverain.

Cela dit, il convient maintenant d’examiner les faits historiques relatifs à Papineau. Premièrement, lorsque les conflits ont éclaté et que le temps fut venu de passé à l’acte et de prendre des armes contre les Britanniques, Papineau a préféré s’enfuir et refuser de mener ses hommes sur le champ de bataille. C’est un médecin anglophone, Wolfred Nelson, qui allait éventuellement être le chef des Patriotes lors de ces affrontements.

Deuxièmement, en ce qui a trait à son statut de militant pour la démocratie et l’égalité, il convient de se rappeler que Papineau était alors considéré dans l’ouest du Québec comme un «seigneur», c’est-à-dire un personnage apparenté à la noblesse féodale. On est donc plutôt loin de l’idéal du militant qui cherche à promouvoir les libertés inhérentes à la démocratie. En fait, Papineau fut renommé «seigneur» sur son territoire, un titre qui lui conférait certains droits sur ces censitaires, parmi lesquels celui de réclamer le plein montant de ce que lui était dû en corvées ou en récoltes. En bout de ligne, on ne peut donc pas dire qu’il fut un témoignage exceptionnel de Liberté, d’Égalité et de Fraternité.

Troisièmement, il convient maintenant d’examiner le bilan de Papineau à titre de militant pour la préservation de la langue française. Après que les soulèvements de 1837-38 eurent été écrasés, il appuya la signature d’un document, le Manifeste d’Annexion de 1849. On situe la rédaction de ce Manifeste dans le prolongement d’un événement historique particulier, soit le fait que les marchands anglophones de Montréal venaient de perdre leurs traitements douaniers préférentiels sur plusieurs produits. Ces marchands auraient par la suite cherché à former une union politique avec les Américains afin d’obtenir de meilleures conditions pour leurs échanges commerciaux.

Il semble que Papineau aurait appuyé la signature de ce Manifeste parce que, d’une part, il n’aimait pas le système de la monarchie constitutionnelle Britannique et que, d’autre part, il préférait à ce système celui de la république, soit celle de nos voisins du Sud. Dans cette perspective, que serait-il alors arrivé dans l’éventualité où un chef souverainiste comme Papineau avait réussi à convaincre les Québécois de la pertinence de se joindre aux États-Unis? Il me semble qu’il y a fort à parier que la langue française aurait disparu en l’espace de quelques générations…

Par ailleurs, je trouve qu’il y a de drôles de similitudes entre ces faits historiques d’une certaine époque et le discours que l’on a l’habitude d’entendre de nos jours en provenance des chefs souverainistes. Ces derniers, en effet, affirment que le Québec négocierait directement avec les Américains et que nous aurions un meilleur rapport de forces dans nos négociations. Or, lorsque l’on prend connaissance de la situation actuelle du Québec sur le plan économique, on s’aperçoit tout d’abord que nous avons une immense dette. Deuxièmement, on se rend compte que la seule raison pour laquelle notre cote de crédit sur les marchés financiers demeure aussi favorable encore aujourd’hui, c’est le fait que le gouvernement fédéral cautionne notre dette en garantissant que nous faisons toujours partie de la fédération canadienne! Dans l’éventualité où nous opterions pour la souveraineté, nous serions alors obligés, d’une part, d’emprunter de l’argent aux bailleurs de fonds new-yorkais à un taux beaucoup moins favorable. D’autre part, nous serions également obligés de sabrer dans plusieurs de nos programmes sociaux pour être en mesure de parvenir à l’équilibre budgétaire.

Cela dit, il importe de retenir que l’entreprise visant à faire adopter le Manifeste d’Annexion de 1849 a été un échec. Le Canada, en effet, a fini par signer en 1854 un traité de libre-échange avec les Américains, soit le traité de la Réciprocité, qui garantissait alors notre accès au marché des États-Unis! Par contre, les Américains ont promptement abrogé cet accord en 1866, un acte qui devait constituer l’un des éléments déterminants du contexte dans lequel les Canadiens allaient élaborer la Confédération de 1867 fondée sur un système d’échanges commerciaux est-ouest.

De ce point de vue historique, comme Québécois et Québécoises, on peut donc entretenir un certain doute quant à la pertinence de se fier aux engagements signés par nos voisins Américains… Cela dit, une chose reste toutefois incontournable. C’est le fait que les Canadiens et les Québécois ont besoin les uns des autres pour assurer leur prospérité. On comprend un peu mieux, dans un tel contexte, la pertinence de notre devise nationale : «A Mari Usque ad Mare», ou «D’un océan à l’autre». Comme ma chère mère avait l’habitude de le dire avec tant de fierté dans la voix avant de quitter ce monde : «Que le Canada continue!» (Et bonne fête de la Reine, en passant..)

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