MOULIN/IMAGE-2

LE MOULIN À IMAGES : TÉMOIN DE L’ACHARNEMENT DE
JAMES GUTHRIE SCOTT.

Quand on pense au « Moulin à images » de Robert Lepage, on doit penser évidemment au chef-d’œuvre d’un grand artiste québécois et à tout ce que nous avons accompli comme peuple.

Mais on devrait également s’arrêter sur les origines du fameux tableau sur lequel ce chef-d’œuvre fut projeté, c’est-à-dire les immenses silos à grains du Port de Québec. En effet, toute personne peut percevoir le mot « BUNGE » sur ces silos à grains. Mais peu de personnes s’interrogent à propos du nom de cette entreprise agroalimentaire et sur les conditions historiques relatives à la construction de ces silos dans le Port de Québec.

Premièrement, Bunge est une importante compagnie agroalimentaire mondiale dont le siège social se trouve aux États-Unis. Elle possède des installations au Canada, au Mexique, aux États-Unis et dans d’autres pays. Pour ce qui est maintenant de ces silos, ce n’est qu’en 1915 que l’on a entrepris leur construction dans le Port de Québec.

Mais, attendez un peu que je vous raconte. Au début, on souhaitait expédier les céréales de l’Ouest canadien par les États-Unis et contourner ainsi le Québec. Nous aurions alors perdu, dans ces conditions, toute cette manne de développement économique dans le Port de Québec. Et, est-il vraiment nécessaire de le souligner, Robert Lepage n’aurait donc jamais pu compter sur cette immense infrastructure pour projeter son chef-d’œuvre !

C’est ce qui m’amène à vous parler maintenant de monsieur James Guthrie Scott. Qui était donc cet homme ? La famille Scott a quitté l’Écosse au milieu du 19iè siècle et est venue s’installer au Canada, dans la ville de Québec. Les membres de cette famille se sont rapidement intégrés à la bourgeoisie anglo-écossaise de la ville et se sont impliqués dans le développement du Port de Québec comme marchands. Ils siégeaient à cette époque-là avec leurs compatriotes francophones sur le « Quebec Board of Trade », soit le précurseur de la Chambre de commerce d’aujourd’hui.

Monsieur Scott avait tellement à cœur les intérêts du Québec — et de la ville de Québec en particulier — qu’il s’est impliqué dans une lutte acharnée avec des instances du gouvernement fédéral qui allait durer plusieurs années. Cette lutte visait à faire adopter une loi favorable au transport des céréales de l’Ouest canadien par la ville de Québec, et non par les États-Unis. Avec l’adoption de cette loi, les silos de la Bunge allaient ainsi obtenir un achalandage garanti pendant plusieurs décennies. Voilà pour les conditions historiques entourant la construction des silos qui allaient donner à Robert Lepage l’idée d’élaborer un chef-d’œuvre contemplé par des centaines de milliers de personnes depuis 2008.

En d’autres mots, on pourrait donc dire que c’est le projet de société pancanadien, avec son système d’échanges commerciaux est-ouest, de même que le travail acharné d’hommes d’affaires de langues anglaise et française qui ont permis à Robert Lepage, un ardent souverainiste, de réaliser ce chef-d’œuvre !

En passant, monsieur Lepage, lors de mon odyssée pancanadienne de l’été dernier, je suis passé par Thunder Bay, en Ontario. J’ai alors vu à quel endroit les céréales de l’Ouest canadien sont stockées avant d’être transbordées par laquiers et acheminées aux installations de la Bunge à Québec. En fait, on peut voir d’impressionnants silos à grains à Thunder Bay dans un centre-ville complètement dévasté par le déclin de l’économie industrielle traditionnelle. Dans ce contexte, monsieur Lepage, vous devriez peut-être utiliser le poids de votre réputation d’artiste de renommée internationale afin de suggérer aux pouvoirs publics la rénovation du centre-ville de Thunder Bay et l’organisation d’un autre « Moulin à images » à cet endroit… Pensez un peu au rayonnement que cette nouvelle entreprise pourrait donner à Ex-Machina et au Québec ? J’oserais même dire que vous pourriez ainsi devenir un agent indirect de la promotion de l’unité canadienne… (Péché mortel !)

Tout compte fait, je suis d’avis que James Guthrie Scott et les représentants du « Quebec Board of Trade », qu’ils s’expriment dans la langue de Molière ou dans celle de Shakespeare, donneraient certainement le feu vert à ce projet s’ils étaient encore de ce monde…

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