EN QUOI PRÉCISÉMENT CROYONS-NOUS COMME CANADIENS?

EN QUOI PRÉCISÉMENT CROYONS-NOUS COMME CANADIENS ?

J’ai eu congé aujourd’hui. Alors, j’ai eu du temps libre pour examiner diverses questions tout seul, et ce, sans les entraves occasionnées par toutes sortes d’obligations : le travail, le téléphone, les rendez-vous, etc. Ce temps libre m’a amené à m’interroger sur une foule de sujets. Par exemple, en quoi, précisément, croyons-nous ici au Canada ? En quoi consiste le fait de se dire « Libéral », et ce, que ce soit au niveau fédéral ou provincial ? Quelle signification convient-il d’attribuer à des concepts à la mode tels que la déconstruction de l’État, le sentiment néolibéral anti-gouvernemental, le mouvement libertaire anti-fiscaliste, la culture individualiste, le clientélisme, ou encore la création de la richesse ? En passant, si tous ces concepts sont aujourd’hui à la mode, il convient de le noter, c’est parce qu’ils sont répétés et mis en valeur à tous les jours dans nos médias par des acteurs sociaux liés d’une façon ou d’une autre aux grandes compagnies qui savent profiter des conditions offertes par le néolibéralisme…

Cela dit, je suis d’avis, pour ma part, que le gouvernement Canadien devrait d’abord et avant tout représenter les intérêts des citoyens, et non pas ceux des compagnies qui ne cherchent pas autre chose que la maximisation de leurs profits en produisant des biens et des services destinés à des consommateurs. Or, il convient de se le rappeler, le fait d’assurer cette production incessante de biens et de services par les compagnies comporte deux incidences principales. D’une part, sur le plan matériel, l’utilisation des ressources nécessaires à cette production ne peut que favoriser l’accélération de la destruction de la biosphère.

D’autre part, sur le plan humain, la vente de ces biens et de ces services comporte des incidences négatives parce que les personnes et les familles sont entraînées dans un mode de vie dominé par des niveaux de consommation et d’endettement sans précédent. Or, ce mode de vie ne peut que provoquer un effritement du tissu social dans la mesure où les personnes sont obligées de travailler de plus en plus d’heures par semaine pour arriver à se payer tous ces biens et services que la publicité leur offre jour après jour dans les différents médias auxquels elles sont exposées : journaux, revues, télé, internet, etc. Cette exposition permanente à la publicité est telle que plusieurs personnes se retrouvent endettées, voire tout simplement en faillite, lorsqu’elles ne parviennent plus à se payer un train de vie qui est souvent au-delà de leurs véritables moyens financiers. Cette exposition permanente à la publicité est telle que plusieurs personnes ne parviennent plus à se reconnecter à la dimension spirituelle de leur existence parce qu’elles sont dominées par l’omniprésence des slogans relatifs à la promotion et à la consommation de biens et de services de toutes sortes : malbouffe, bières et vins, loteries et casinos, appareils électroniques, jeux vidéo, films, automobiles, véhicules récréatifs, piscines, chalets, ameublements, chirurgies esthétiques, voyages de chasse et de pêche, croisières, etc.

Tous ces biens et services désirés et consommés ne peuvent qu’éloigner les membres des familles de certaines activités fondamentales d’une vie authentiquement humaine telles que, par exemple, le partage des repas autour de la table familiale, les loisirs où chaque membre peut participer et la louange de Dieu tel qu’ils le conçoivent dans le lieu de culte de leur choix : chrétien, juif, musulman, etc. Ces activités vécues en famille sont fondamentales puisqu’elles contribuent à solidifier les liens familiaux qui rendent possibles tant l’épanouissement de tous ses membres que le partage des joies et des peines en toutes circonstances : anniversaire, naissance, décès, maladie, accident, etc.

Or, plus j’y pense et plus je suis d’avis que nous avons perdu, comme société, les repères en fonction desquels il est possible de mener une vie qui peut nous rendre vraiment heureux, c’est-à-dire une vie dont la réussite ne se mesure pas en fonction des revenus disponibles, de la marge de crédit, et des biens et services consommés : l’automobile, le bateau, la maison, le voyage dans le sud, le nouvel ameublement pour le salon, etc. Dans cette perspective, je crois que nos gouvernements devraient plutôt nous encourager à adopter de saines habitudes de vie : moins consommer, mieux nous alimenter, faire de l’exercice, conserver l’énergie, récupérer, réutiliser et recycler tout ce que l’on peut, etc. En fait, on a parfois l’impression que l’on vit à une époque où la production maximale et la consommation maximale sont ni plus ni moins devenues les repères, pour ne pas dire des vertus !

Pour ma part, j’ai été élevé par ma mère et mon père dans un foyer traditionnel Catholique Romain où l’on privilégiait de saines habitudes de vie : ne pas gaspiller la nourriture, fermer les lumières quand on quitte une pièce, porter un chandail l’hiver à la maison afin de limiter le niveau du chauffage, etc. Mon père ne jetait quasiment jamais de nourriture et parvenait à récupérer et à manger tout ce qui pouvait être bon pour la santé… même les morceaux de viande dont la couleur pouvait laisser à désirer ! Il avait connu la pauvreté et était parvenu malgré tout à survivre à la grande crise économique des années 1930 et aux contraintes imposées par la Deuxième Guerre mondiale dans un quartier de l’est de Montréal. Selon mon père, durant les années 1930 passées dans le quartier où il avait grandi, seulement une famille par rue avait du travail. Les autres familles devaient compter sur le Relief, soit le précurseur de l’aide sociale. Fort heureusement, la mère de mon père était assez chanceuse puisqu’elle occupait alors un emploi. Parce qu’elle était bilingue, maîtrisait la dactylographie et était capable de faire la tenue de livres, elle a pu travailler pour une compagnie spécialisée dans le dragage qui avait alors des contrats avec le gouvernement fédéral, l’une des rares organisations à être demeurées solvables durant cette période de crise économique.

Bref, tout en grandissant au sein de la classe ouvrière, mon père a tout de même connu la pauvreté. Cela dit, il n’a jamais oublié le fait que le Canada dans lequel il avait grandi présentait les caractéristiques suivantes : des compatriotes capables de grands sacrifices au cours de différents conflits armés ; des compatriotes capables de défendre et de promouvoir les valeurs fondamentales du pays sur toutes les tribunes du monde entier ; des compatriotes capables de payer des impôts et des taxes sans lesquels un État ne peut pas parvenir à assurer des services publics essentiels au bien-être de la population ; un État capable d’instaurer les mécanismes qui permettent d’assurer une paix sociale stable et de minimiser les impacts des conflits qui peuvent surgir de temps à autre entre instances gouvernementales, patronats, syndicats et autres acteurs de la société civile ; un État capable de planifier les mesures et les institutions qui permettront d’assurer à long terme le bien-être de la population et les acquis sociaux pour les futures générations.

Lorsque je songe au Canada, que ce soit celui de mon père ou encore celui que j’ai moi-même connu jusqu’à maintenant, ce sont d’abord et avant tout ces caractéristiques qui me viennent à l’esprit. Ce Canada-là comporte, à vrai dire, peu de ressemblances avec les sociétés occidentales actuelles dominées par un agenda très étroit valorisé par les ténors du néolibéralisme : efficacité, rentabilité, déficit zéro, consommation, prestige, propriété privée, pouvoir d’achat, marge de crédit, etc. Il me semble que l’on s’éloigne de plus en plus de ces valeurs fondamentales qui ont caractérisé la société canadienne depuis 1867 : solidarité, partage de la richesse entre les provinces, mesures sociales pour aider les plus démunis de la société, services de santé accessibles à tous, riches ou pauvres, etc.

Et de ce point de vue, je suis d’avis que l’on devrait demander à nos leaders politiques et économiques s’ils ont bien mesuré les impacts économiques et humains occasionnés par la mise en œuvre de leur agenda néolibéral : réduction de la taille de l’État, coupures dans les programmes sociaux, etc. À mon avis, mettre en œuvre ces politiques publiques, c’est un peu «se tirer dans le pied» puisqu’elles ont un impact significatif sur la qualité et la quantité des services publics offerts à la population et occasionnent, du même coup, divers problèmes sociaux. En fait, lorsque l’on procède à la réduction de la taille de l’État et de la qualité et de la quantité de ces services publics en invoquant des motifs tels que l’efficacité, un dégraissage de l’appareil gouvernemental, le déficit zéro, ou encore donner aux créateurs de richesse les conditions qui leur permettront d’en créer davantage, cela entraîne des effets plutôt pervers avec lesquels doivent composer tous les citoyens canadiens, et, il va sans dire, en particulier les plus vulnérables d’entre eux.

Lorsque les créateurs de richesse ont la chance d’en créer davantage, il convient de se le rappeler, ils le font d’abord et avant tout pour leur propre bénéfice et celui de leurs actionnaires. Deuxièmement, cette création de richesse implique parfois des impacts tels que les fermetures d’usine et la délocalisation de la production, la mise à pied de travailleurs, la réduction ou l’élimination des acquis en matière de santé et de sécurité au travail, de fonds de pension et de vacances payées. Troisièmement, cet enrichissement des compagnies et de leurs actionnaires est souvent facilité par diverses mesures gouvernementales financées par le Trésor public : tarifs privilégiés pour l’hydro-électricité, congés fiscaux, prêts à faible intérêt, subventions, etc. Quatrièmement, alors qu’ils bénéficient de ces mesures gouvernementales pour s’enrichir, ces créateurs de richesse ont en même temps le culot de réclamer dans nos médias une réduction des services publics et parfois même l’élimination de certains d’entre eux, et ce, en invoquant différentes raisons : atteinte du déficit zéro, réduction de la dette publique, trop onéreux, absence de compétition du secteur privé, injustice pour les entreprises privées capables d’offrir les mêmes services, etc.

Par ailleurs, il convient également de se rappeler que le fait de favoriser cette création de richesse pour les mieux nantis de la société (leur fonds de pension, leur portefeuille d’actions, les dividendes versés pendant l’année, les crédits d’impôts et autres modes d’enrichissement) est susceptible d’aggraver des problèmes qui affectent déjà la main-d’œuvre de la société canadienne : le chômage structurel, les personnes sous-employées parce que surqualifiées pour les emplois qu’elles occupent, les employés contractuels et les travailleurs autonomes qui ne bénéficient pas d’avantages sociaux ou de vacances payées, le travail à temps partiel, le travail saisonnier, etc. Or, ces problèmes ont un impact sur le tissu social dans la mesure où de moins en moins de citoyens sont capables de s’épanouir pleinement dans la société via leur participation sur le marché du travail malgré leur bonne volonté, leurs talents et les compétences acquises dans les institutions d’enseignement. De ce point de vue, cette incapacité chronique du citoyen à pouvoir s’épanouir pleinement peut engendrer, à long terme, divers problèmes : troubles du sommeil, toxicomanie, délinquance, incarcération, santé mentale, idées suicidaires, etc. Pour le citoyen frustré par un système où il n’a pas la possibilité d’y trouver son compte parce qu’on y privilégie l’enrichissement des mieux nantis et non pas celui de toutes les classes sociales, les risques sont vraiment grands de se retrouver en marge de la société.

Dans cette perspective, il est opportun de se rappeler certains faits historiques relativement aux impacts des politiques néolibérales. Prenons, par exemple, chez nos voisins états-uniens, les politiques ayant privilégié la déconstruction de l’État et une structure fiscale de type «Reaganomics» et qui devaient, à long terme, engendrer des disparités très importantes tant sur le plan des revenus que sur celui des opportunités. Or, lorsque l’on prend la peine d’examiner les politiques publiques néolibérales privilégiées au cours des dernières années par nos dirigeants et par ceux des pays européens, il semble bien que l’on se dirige tout droit vers une aggravation de ces mêmes disparités qui ont impact considérable sur le tissu social.

À une époque où tous les enjeux sociaux sont évalués strictement en fonction de critères d’ordre économique (coûts, bénéfices, rentabilité, déficit, capacité de payer, etc.), il devient opportun de se rappeler que les liens qui nous unissent au Canada sont d’abord et avant tout relatifs aux fondements mêmes de notre citoyenneté, et ce, quel que soit notre provenance : francophone, anglophone, acadien, métis, autochtone, immigrant de première génération, etc. Ces liens que nous partageons au sein de notre état-nation pancanadien ne sont pas uniquement des «valeurs», lesquelles, il importe de le souligner, sont relatives. En fait, ces liens se rapportent plutôt à des croyances fondamentales partagées par tous les citoyens : la dignité de la condition humaine, la promotion du bien commun, le respect des droits et libertés de la personne, l’équité, la décence, l’honnêteté, le franc jeu, la responsabilité de l’individu non seulement envers lui-même, mais également envers les autres individus et la collectivité dans laquelle il cherche à s’épanouir.

L’une ces croyances fondamentales se rapporte à la capacité, pour la collectivité, de se donner les instances gouvernementales capables de préserver les diverses composantes du bien commun : parcs nationaux, rivières et lacs, ponts, routes et chemins de fer, installations sportives, musées, etc. Et des instances gouvernementales également capables de tenir compte des besoins de la population et d’agir dans le meilleur intérêt de tous et de toutes, et ce, tout en maintenant un juste équilibre dans la répartition des efforts consentis et des fonds publics octroyés : jeunes, personnes âgées, immigrants, entrepreneurs, chômeurs, handicapés, autochtones, etc. Or, de ce point de vue, on ne peut pas vraiment dire que le gouvernement conservateur actuel parle au nom de tous les Canadiens et s’occupe de tous les Canadiens en maintenant ce «juste équilibre»…

En fait, les gestes posés depuis le début de leur mandat de gouvernement majoritaire laissent plutôt voir un démembrement morceau par morceau de cet ensemble d’instances gouvernementales qui nous avaient assuré depuis plus d’un siècle une société juste, équitable, capable de tenir compte des besoins de tous, sans exception : riches et pauvres, écologistes et entrepreneurs, travailleurs et propriétaires, francophones et anglophones, jeunes et personnes âgées, etc. Ce démembrement morceau par morceau de l’édifice gouvernemental canadien se réalise au fil des décisions de toutes sortes : projets de loi, réglementations, subventions octroyées, abandon de programmes, fermeture d’institutions, etc. Considérée une par une, ces décisions ne semblent pas avoir vraiment d’impact sur notre société. Par contre, à long terme, on ne peut pas dire que l’ensemble de ces décisions n’auront pas un impact majeur sur les institutions de l’État canadien et, en bout de ligne, sur la vie en société dans les provinces et les territoires de notre pays.

En fait, un Canada qui serait vraiment digne de son héritage comme société juste et capable de compassion est certainement à notre portée si nous choisissons de nous battre contre les composantes de l’agenda néolibéral : la protection des intérêts privés, la promotion des conditions qui facilitent la création de la richesse chez un petit nombre d’individus, la remise en question des programmes sociaux de l’État providence, etc. Comme Libéraux, nous devons plutôt faire la promotion d’un gouvernement qui a le devoir moral d’agir comme un gardien du bien commun de la société : venir en aide aux plus démunis, limiter les abus du capitalisme sauvage, améliorer les conditions de vie de tous, sans exception. Et non pas la promotion d’un gouvernement que l’on conçoit comme un mal nécessaire, qui dispose de moins en moins de pouvoirs et de moyens et qui reste les bras croisés devant les problèmes engendrés par les politiques néolibérales : exode des jeunes dans certaines régions, chômage, pauvreté, endettement, etc.

En d’autres mots, si on ne fait rien pour contrecarrer les ambitions des promoteurs de l’agenda néolibéral, nous nous trouverons, comme société, à faire un grand pas en arrière qui nous ramènera au début du dix-neuvième siècle, alors que le gouvernement national se réduisait au rôle de valet de la bourgeoisie commerciale, industrielle et financière. Un rôle qui correspondait plutôt bien à la critique marxiste de la «Démocratie Libérale», alors perçue comme étant rien d’autre qu’un instrument du capitalisme bourgeois. Si on ne fait rien pour contrecarrer les ambitions des promoteurs de l’agenda néolibéral, on se tire également dans le pied comme société dans la mesure où l’état de l’économie canadienne viendra remettre en question les ambitions légitimes des individus : des emplois à temps partiel ou faiblement rémunérés, des revenus disponibles moins élevés qui entraînent une baisse significative du pouvoir d’achats, l’impossibilité d’avoir un niveau de vie assez élevé pour permettre de songer à un projet qui donne un sens à l’existence : une relation conjugale stable, la procréation et l’éducation des enfants, l’accession à une propriété convenable pour les membres de la famille, un engagement dans des activités susceptibles de contribuer à la préservation des différents aspects du bien commun de notre société : matériel, social et spirituel.

À long terme, nous devons être bien conscients que l’on risque de se retrouver dans un pays qui présente les caractéristiques que l’on retrouve dans la plupart des sociétés latino-américaines d’aujourd’hui : une minorité de gens ultra-riches, une majorité de pauvres et de sans-emploi, une main-d’œuvre sous-employée, un grand nombre de sans-abri, des prisons qui débordent, une violence contre les riches qui est économiquement motivée, etc. En étant bien conscients qu’un tel scénario pourrait éventuellement se matérialiser à l’intérieur de nos frontières, il nous reste alors, au fond, à nous poser la question suivante : comme Libéraux, en quoi croyons-nous au juste ? Nous croyons dans la défense, la promotion et la revitalisation du patrimoine légué par les Premiers Ministres Libéraux qui ont rendu possibles la prospérité, la stabilité et l’originalité de la société canadienne tels que Laurier, St-Laurent, Pearson, Trudeau et Chrétien. Or, une telle revitalisation va sans doute nécessiter une bonne dose de courage. Par contre, comme les membres du groupe canadien The Tragically Hip l’ont si bien dit dans l’une de leurs chansons : «Courage, it couldn’t come at a worse time.» Autrement dit, en français : «Le courage, ça ne pourrait pas venir à un pire moment.»

De ce point de vue, je crois qu’il est encore possible, au Canada, de se donner une bonne dose de courage dans ces «pires moments» pour être en mesure d’assurer de «meilleurs moments», et ce, tant pour nous-mêmes que pour les futures générations.

Que Dieu bénisse le Canada.

Amen.

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